Comme un petit garçon capricieux, je voulais absolument prendre le train qui relie Kayes à Bamako, il était hors de question que je fasse la moindre concession, d'autant que les aléas de l'auto-stop nous ont fait longer la voie du train minéralier dans le désert Mauritanien sans y mettre les pieds comme nous l'avions prévu. Intraitable, j'utilise même le chantage affectif pour convaincre Marie arguant que c'est mon cadeau d'anniversaire, que ce sera beaucoup plus confortable que la route et que sinon, de toute façon je retiens ma respiration...
Le coup de la respiration a porté, Marie cède et nous commençons bovinement à attendre le train. Sauf que la vie n'est pas simple pour les vaches maliennes, surtout quand ATT (le petit nom d'Amadou Toumani Touré, le président malien) en compagnie d'un ministre chinois a justement programmé un petit séjour dans le Far West malien pour y poser la première brique d'une cimenterie (rachetée par les Indiens à des Russes qui l'ont abandonnée il y a vingt ans) et inaugurer les travaux d'une route qui désenclavera Diamou (auxquels participeront des entreprises Mauritanienne, Chinoise et quand même un peu Malienne, il ne faut pas désespérer!). Effectivement, ce brave président a aussi eu la bonne idée de faire sa petite escapade en train (peut être que le Chinois lui a fait le coup du cadeau d'anniv') et une escapade de président, en comptant les jours de préparation et ceux de vérification, ça dure bien une bonne semaine ici (notre pote chef de gare, philosophe résigné, nous confia que la vérification était avant tout une vaste supercherie pour que personne ne puisse accuser ATT d'avoir esquinté le train). Transrail (la compagnie de chemin de fer) doute un peu de son matériel et il ne serait pas très bien vue de laisser le wagon présidentiel en carafe au milieu de la voie, comme cela se passe en général pour ceux du commun des mortels. C'est donc les grands moyens qui sont mobilisés avec réquisition de toutes les locos et leur répartition sur le parcours, annulation de tout les trains voyageur pendant la durée du présidentiel voyage et, pour ne désespérer personne, annonce au compte goutte de ces informations avec un départ annoncé chaque jour pour le lendemain... Inch'Allah!
Pour sortir un peu de notre fournaise Kayesienne, nous décidons de devancer le train en l'attendant à Diamou, un petit village à 6h de piste* où nous goûtons au calme devant les chutes de Gouina (ça aussi il y aurait moyen d'en dire plein de trucs... Mais recentrons nous que diable, recentrons nous!).
Après deux autre jours d'attente, une loco siffle en gare de Diamou, 20h à peine après le dernier horaire annoncé. "En 20 ans il n'a jamais fait l'heure" nous a prévenu notre ami philosophe. Nous courons vers notre voiture et embarquons enfin. Le train est rempli à ras la gueule d'une foule compacte et bigarrée accompagnée de montagnes de bagages. Les places assises sont évidement toutes prises mais l'allée centrale est complètement obstruée par les voyageurs sans réservation, installés sur des seaux, des sacs ou sur le sol quand il apparaît encore. Pour mettre un peu de piment, la porte située juste à côté de nos places est condamnée pour une obscure raison de présence de buvette, nous traversons donc tout le wagon armés de nos énormes sacs. Un exercice de souplesse et d'acrobatie incroyable dont la précision était rendue incertaine par les violent à-coup de ma vociférante voisine de derrière (ce qui lui a permis de bénéficier d'une bonne paire de coup de sac et du logo Kechua gravé sur le front). Par un miracle, à faire passer la traversée de la Mer Rouge pour une banale promenade en pédalo, nous parvenons à nos places... qui sont évidemment occupées. Un homme vire, manu militari, le jeune qui est assis sur l'une d'elles tandis que nous feignons de n'avoir jamais réservé l'autre où une petite vieille a trouvé refuge. Après une violente réorganisation, nous parvenons à hisser nos sacs dans les filets et Marie s'assied sur mes genoux jusqu'à épuisement total de ces derniers. J'ai du râler un peu fort, elle finit par s'assoir par terre en attendant que notre voisine descende du train (ce qu'elle n'a pas tardé à faire, Amdoulila). Nous comprendrons vite que nous sommes les seuls à ne pas être trop regardant sur les places. Sûrement qu'en raison de sa semaine de retard, le train est particulièrement blindé, il est en tous cas le théâtre de luttes acharnées pour la défense du territoire de chacun. Une femme enceinte, profitant d'une "pause prière" pour squatter une place, se fait chasser dès le retour du fidèle, un jeune, assit dans l'allée, grignote millimètre par millimètre ma place en profitant de mon sommeil, quelqu'un tente de virer nos sacs pour y mettre le sien... le tout dans un concert de cris et de gesticulations. En observant le comportement des autres, nous avons un peu l'impression d'être testés comme bonne poire potentielle et adoptons donc la tolérance zéro qui est de mise dans le wagon (Ailleurs, fais ce que tu vois!) en ayant une petite pensée pour le mythe de la société collectiviste, vendue par mes profs de psychologie interculturelle, qui s'effondre lamentablement sous mes yeux attristés.
Le bercement du train finit par avoir raison de moi et je m'endors, heureux de pouvoir vivre un moment pareil. Je me réveille lors d'un arrêt en gare prenant lentement des allures de panne de locomotive. En attendant son remplacement, nous profitons de la petite pause pour dégoter notre petit dej' quotidien: un "café" pour Marie (plutôt une saloperie de Nescafé saturé d'un tiers de lait concentré sucré) et Lipton pour moi, nous avons aussi le temps de jouer avec notre petite voisine de derrière et de fumer un nombre incalculable de clopes (et oui, c'était le bon temps, il me restait encore un peu du stock de bon "Fleur du Pays" offert par mon grand-père à Noël. J'étais encore un fumeur (heureux) à l'époque...). Enfin, la nouvelle loco attelée devant la première pousse deux sifflements rugissants avant que le train ne s'ébranle à l'assaut de la grande plaine malienne. De temps à autre, les arbres courageux affrontant l'aridité du sol, laissent la place à quelques wagons se reposant sur le flanc à côté de la voie ou a un village qui semble prendre vie dès l'arrivée du monstre d'acier, femmes et enfants accourent chargés de nourriture ou d'objets divers pour tenter de les vendre par la fenêtre. Même lorsque le train ne s'arrête pas, les enfants le saluent et les hommes lèvent la tête de leur occupations pour fièrement regarder passer la locomotive peinte aux couleurs du drapeau malien (vert, jaune, rouge).
Mais Bamako nous montre déjà sa banlieue et le train ne tarde pas à entrer en gare pour se vider avant même que nous n'ayons remis nos chaussures.
*C'est une autre histoire et Marie, quoi que beaucoup moins bien installée que moi, est mieux placée que moi pour en parler... Si elle parvient à sortir un jour de Mauritanie!
Pour sortir un peu de notre fournaise Kayesienne, nous décidons de devancer le train en l'attendant à Diamou, un petit village à 6h de piste* où nous goûtons au calme devant les chutes de Gouina (ça aussi il y aurait moyen d'en dire plein de trucs... Mais recentrons nous que diable, recentrons nous!).
Après deux autre jours d'attente, une loco siffle en gare de Diamou, 20h à peine après le dernier horaire annoncé. "En 20 ans il n'a jamais fait l'heure" nous a prévenu notre ami philosophe. Nous courons vers notre voiture et embarquons enfin. Le train est rempli à ras la gueule d'une foule compacte et bigarrée accompagnée de montagnes de bagages. Les places assises sont évidement toutes prises mais l'allée centrale est complètement obstruée par les voyageurs sans réservation, installés sur des seaux, des sacs ou sur le sol quand il apparaît encore. Pour mettre un peu de piment, la porte située juste à côté de nos places est condamnée pour une obscure raison de présence de buvette, nous traversons donc tout le wagon armés de nos énormes sacs. Un exercice de souplesse et d'acrobatie incroyable dont la précision était rendue incertaine par les violent à-coup de ma vociférante voisine de derrière (ce qui lui a permis de bénéficier d'une bonne paire de coup de sac et du logo Kechua gravé sur le front). Par un miracle, à faire passer la traversée de la Mer Rouge pour une banale promenade en pédalo, nous parvenons à nos places... qui sont évidemment occupées. Un homme vire, manu militari, le jeune qui est assis sur l'une d'elles tandis que nous feignons de n'avoir jamais réservé l'autre où une petite vieille a trouvé refuge. Après une violente réorganisation, nous parvenons à hisser nos sacs dans les filets et Marie s'assied sur mes genoux jusqu'à épuisement total de ces derniers. J'ai du râler un peu fort, elle finit par s'assoir par terre en attendant que notre voisine descende du train (ce qu'elle n'a pas tardé à faire, Amdoulila). Nous comprendrons vite que nous sommes les seuls à ne pas être trop regardant sur les places. Sûrement qu'en raison de sa semaine de retard, le train est particulièrement blindé, il est en tous cas le théâtre de luttes acharnées pour la défense du territoire de chacun. Une femme enceinte, profitant d'une "pause prière" pour squatter une place, se fait chasser dès le retour du fidèle, un jeune, assit dans l'allée, grignote millimètre par millimètre ma place en profitant de mon sommeil, quelqu'un tente de virer nos sacs pour y mettre le sien... le tout dans un concert de cris et de gesticulations. En observant le comportement des autres, nous avons un peu l'impression d'être testés comme bonne poire potentielle et adoptons donc la tolérance zéro qui est de mise dans le wagon (Ailleurs, fais ce que tu vois!) en ayant une petite pensée pour le mythe de la société collectiviste, vendue par mes profs de psychologie interculturelle, qui s'effondre lamentablement sous mes yeux attristés.
Le bercement du train finit par avoir raison de moi et je m'endors, heureux de pouvoir vivre un moment pareil. Je me réveille lors d'un arrêt en gare prenant lentement des allures de panne de locomotive. En attendant son remplacement, nous profitons de la petite pause pour dégoter notre petit dej' quotidien: un "café" pour Marie (plutôt une saloperie de Nescafé saturé d'un tiers de lait concentré sucré) et Lipton pour moi, nous avons aussi le temps de jouer avec notre petite voisine de derrière et de fumer un nombre incalculable de clopes (et oui, c'était le bon temps, il me restait encore un peu du stock de bon "Fleur du Pays" offert par mon grand-père à Noël. J'étais encore un fumeur (heureux) à l'époque...). Enfin, la nouvelle loco attelée devant la première pousse deux sifflements rugissants avant que le train ne s'ébranle à l'assaut de la grande plaine malienne. De temps à autre, les arbres courageux affrontant l'aridité du sol, laissent la place à quelques wagons se reposant sur le flanc à côté de la voie ou a un village qui semble prendre vie dès l'arrivée du monstre d'acier, femmes et enfants accourent chargés de nourriture ou d'objets divers pour tenter de les vendre par la fenêtre. Même lorsque le train ne s'arrête pas, les enfants le saluent et les hommes lèvent la tête de leur occupations pour fièrement regarder passer la locomotive peinte aux couleurs du drapeau malien (vert, jaune, rouge).
Mais Bamako nous montre déjà sa banlieue et le train ne tarde pas à entrer en gare pour se vider avant même que nous n'ayons remis nos chaussures.
*C'est une autre histoire et Marie, quoi que beaucoup moins bien installée que moi, est mieux placée que moi pour en parler... Si elle parvient à sortir un jour de Mauritanie!
1 commentaire:
Bonjour tous les deux,
Bonne idée ce blog, Anne vient de me donner l'adresse, elle m'en avait beaucoup parlé et maintenant je comprend. je n'ai pas tout lu mais je vais m'y mettre doucement, quitter cette Amérique que je supporte de moins en moins et prendre le train avec vous à travers l'Afrique.
Marie je ne te connais pas mais j'espère te rencontrer un jour, qui sait, nous serons peut être un jour sur le même continent?!
Je vous embrasse et vous souhaite bon vent!
Adonia
http://frenchylittlebeetle.skyrock.com/
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