vendredi 27 mars 2009

Ca chauffe (économique) à Bamako!

Nous arpentons Bamako à la recherche d'un mystérieux marché qu'on ne trouvera jamais. Soudain, une montagne de fûts métalliques attire mon attention, je m'en approche, sortant au plus vite mon appareil photo.


Après m'être amusé avec ce tas de métal, je me rends compte du vacarme environnant. Nous sommes arrivés en plein quartier des ferronniers et ça désosse des fûts, ça coupe, ça plie, ça troue, ça emboîte à grand coup de marteaux. Après avoir observé la fabrication d'un cuiseur, nous discutons (hurlons) un peu avec un des métaleux. Une vieille pancarte, annonçant la fabrication de cuiseur économe m'intrigue. Il me montre le modèle, je lui dessine celui que j'ai vu en France (merci Juan Marco et les "Amis de Silence") et il m'invite à revenir pour échanger plus longuement.

Je file donc au Cyber pour y imprimer de la documentation sur les foyers économes (pour en savoir plus cette diablerie venez voir ici et faîtes un tour sur le site de Bolivia Inti, une asso qui promeut, entre autres, les cuiseurs économiques) et reprends la route du marché fantôme dès le lendemain. La personne que j'ai rencontrée la veille n'est pas là, mais sans que je comprenne vraiment pourquoi, on me conduit dans un autre atelier pour me présenter à Bakari. Je lui explique tant bien que mal les raisons de ma présence: j'aimerais découvrir comment il construit ses cuiseurs et lui montrer le modèle que je connais (là c'est un peu du bluff parce que je ne connais que la théorie, merci internet). Il accepte et je commence dans la foulée ma première leçon de ferronerie. Bakari, magicien du marteau, donne une nouvelle vie aux vieux fûts et moi, à l'affût du moindre geste, griffonne chaque étape de cette métamorphose. Je suis bien sûr beaucoup trop lent, quand d'ailleurs j'arrive à comprendre ce qui se passe sous les coups de boutoir pour qu'un morceau de métal à moitié rouillé devienne un cuiseur flambant neuf. Au quatrième exemplaire, je commence à percevoir un semblant de rationnalité dans tout çà et ma fiche technique tient à peu près la route, mais déjà, au loin, le Muezzin annonce la disparition du soleil et donc la fin de la journée de travail. Nous nous reverrons donc demain ce qui me laisse le temps d'adapter le "cuiseur économe théorique" qui traîne dans un coin de ma tête aux techniques que Bakari m'a montré.

Cà c'est le cuiseur qui traînait dans un coin de ma tête

Me voilà donc parti dans des grands calculs, me demandant comment tracer une sinusoïdale, retournant la ville à la recherche d'un mètre pour enfin découper un patron. Mes devoirs du soir sous le bras, une boite de thé, du sucre et du charbon dans le fond du sac (le ciment de toute relation sociale approfondit au Mali), je me dirige vers le Niger qui cache dans l'un de ses méandres l'atelier où Bakari sévit. Celui-ci m'attend déjà (et non je n'étais pas en retard, mauvaise langues!), aussi nous commençons immédiatement . Les coups de marteau pleuvent et lentement, le cuiseur prend forme. Le Muezzin n'arrive pas à nous interrompre mais nous finissons par fuir devant les attaques répétées d'une armée de moustiques affamés, en promettant de se revoir le lendemain quand ces sales bêtes nous foutrons la paix.



Bakari à l'oeuvre


Cette petite pause me permet de dessiner le tiroir à cendres le plus hi-tech de l'histoire du cuiseur économe, petite folie qui ne fait pas peur à Bakari, si ce n'est qu'il est obligé de faire souder certaines pièces. Qu'à cela ne tienne, nous voila partis chez le soudeur. Nous y restons une trentaine de secondes, juste le temps que Titini, la soeur du soudeur me fasse une demande en mariage par l'intermédiaire de Bakari. Je refuse, tentant d'expliquer le concept de la monogamie, ça fait rire tout le monde et une discussion sur l'amour commence pendant que nous remplissons le foyer de cendres pour l'isoler. Bientôt, le tiroir de mes rêves est prêt et il ne nous reste plus qu'à allumer le feu pour tester l'engin.

Hein qu'est beau not' tiroir!


La Bêïïïïïïte!

Pour cette première expérience, j'ai été un peu présomptueux. Je n'ai prévu que 50 FCFA de charbon et, tout économique qu'il soit, çà ne suffit pas à ce que le cuiseur fasse bouillir de l'eau (faut quand même être con pour faire du feu par une chaleur pareille aussi...).

J'y retourne le lendemain chargé de 200 francs de charbon, me faisant engueuler au passage par Titini pour ne pas être venu la saluer (par l'air commode la mère Titini!). En deux minutes, le feu est parti et nous attendons que l'eau boue en faisant tourner un thé. Une petite troupe est venue voir ce drôle de truc. Partagé entre la curiosité, le scepticisme et l'amusement, le public attend. Moi j'ai la grosse pression, repassant toutes les petites adaptations que nous avons apportées au plan initial en me demandant si elles sont de nature à tout "gâter" comme on dit ici. Mais dix minutes plus tard, les petites bulles tant attendues apparaissent au fond de la casserole. Cà marche et çà marche même très bien, puisque pendant une bonne heure et demi, la flotte va bouillir sans que l'on rajoute du charbon. Nous sommes finalement obligés d'éteindre le feu puisque l'heure des adieux a sonné.

Je ne sais pas si Bakari va fabriquer ce genre de cuiseur. Il avait l'air intéressé mais çà prend un petit peu plus de temps que son cuiseur habituel... A voir donc, c'était un chouette moment passé ensemble en tous cas et j'espère bien recroiser ce petit bonhomme et son fidèle marteau un beau jour...

dimanche 15 mars 2009

A nous de vous faire préférer le train

Comme un petit garçon capricieux, je voulais absolument prendre le train qui relie Kayes à Bamako, il était hors de question que je fasse la moindre concession, d'autant que les aléas de l'auto-stop nous ont fait longer la voie du train minéralier dans le désert Mauritanien sans y mettre les pieds comme nous l'avions prévu. Intraitable, j'utilise même le chantage affectif pour convaincre Marie arguant que c'est mon cadeau d'anniversaire, que ce sera beaucoup plus confortable que la route et que sinon, de toute façon je retiens ma respiration...
Le coup de la respiration a porté, Marie cède et nous commençons bovinement à attendre le train. Sauf que la vie n'est pas simple pour les vaches maliennes, surtout quand ATT (le petit nom d'Amadou Toumani Touré, le président malien) en compagnie d'un ministre chinois a justement programmé un petit séjour dans le Far West malien pour y poser la première brique d'une cimenterie (rachetée par les Indiens à des Russes qui l'ont abandonnée il y a vingt ans) et inaugurer les travaux d'une route qui désenclavera Diamou (auxquels participeront des entreprises Mauritanienne, Chinoise et quand même un peu Malienne, il ne faut pas désespérer!). Effectivement, ce brave président a aussi eu la bonne idée de faire sa petite escapade en train (peut être que le Chinois lui a fait le coup du cadeau d'anniv') et une escapade de président, en comptant les jours de préparation et ceux de vérification, ça dure bien une bonne semaine ici (notre pote chef de gare, philosophe résigné, nous confia que la vérification était avant tout une vaste supercherie pour que personne ne puisse accuser ATT d'avoir esquinté le train). Transrail (la compagnie de chemin de fer) doute un peu de son matériel et il ne serait pas très bien vue de laisser le wagon présidentiel en carafe au milieu de la voie, comme cela se passe en général pour ceux du commun des mortels. C'est donc les grands moyens qui sont mobilisés avec réquisition de toutes les locos et leur répartition sur le parcours, annulation de tout les trains voyageur pendant la durée du présidentiel voyage et, pour ne désespérer personne, annonce au compte goutte de ces informations avec un départ annoncé chaque jour pour le lendemain... Inch'Allah!

Pour sortir un peu de notre fournaise Kayesienne, nous décidons de devancer le train en l'attendant à Diamou, un petit village à 6h de piste* où nous goûtons au calme devant les chutes de Gouina (ça aussi il y aurait moyen d'en dire plein de trucs... Mais recentrons nous que diable, recentrons nous!).

Après deux autre jours d'attente, une loco siffle en gare de Diamou, 20h à peine après le dernier horaire annoncé. "En 20 ans il n'a jamais fait l'heure" nous a prévenu notre ami philosophe. Nous courons vers notre voiture et embarquons enfin. Le train est rempli à ras la gueule d'une foule compacte et bigarrée accompagnée de montagnes de bagages. Les places assises sont évidement toutes prises mais l'allée centrale est complètement obstruée par les voyageurs sans réservation, installés sur des seaux, des sacs ou sur le sol quand il apparaît encore. Pour mettre un peu de piment, la porte située juste à côté de nos places est condamnée pour une obscure raison de présence de buvette, nous traversons donc tout le wagon armés de nos énormes sacs. Un exercice de souplesse et d'acrobatie incroyable dont la précision était rendue incertaine par les violent à-coup de ma vociférante voisine de derrière (ce qui lui a permis de bénéficier d'une bonne paire de coup de sac et du logo Kechua gravé sur le front). Par un miracle, à faire passer la traversée de la Mer Rouge pour une banale promenade en pédalo, nous parvenons à nos places... qui sont évidemment occupées. Un homme vire, manu militari, le jeune qui est assis sur l'une d'elles tandis que nous feignons de n'avoir jamais réservé l'autre où une petite vieille a trouvé refuge. Après une violente réorganisation, nous parvenons à hisser nos sacs dans les filets et Marie s'assied sur mes genoux jusqu'à épuisement total de ces derniers. J'ai du râler un peu fort, elle finit par s'assoir par terre en attendant que notre voisine descende du train (ce qu'elle n'a pas tardé à faire, Amdoulila). Nous comprendrons vite que nous sommes les seuls à ne pas être trop regardant sur les places. Sûrement qu'en raison de sa semaine de retard, le train est particulièrement blindé, il est en tous cas le théâtre de luttes acharnées pour la défense du territoire de chacun. Une femme enceinte, profitant d'une "pause prière" pour squatter une place, se fait chasser dès le retour du fidèle, un jeune, assit dans l'allée, grignote millimètre par millimètre ma place en profitant de mon sommeil, quelqu'un tente de virer nos sacs pour y mettre le sien... le tout dans un concert de cris et de gesticulations. En observant le comportement des autres, nous avons un peu l'impression d'être testés comme bonne poire potentielle et adoptons donc la tolérance zéro qui est de mise dans le wagon (Ailleurs, fais ce que tu vois!) en ayant une petite pensée pour le mythe de la société collectiviste, vendue par mes profs de psychologie interculturelle, qui s'effondre lamentablement sous mes yeux attristés.


Le train comme alternative écologique au transport?


Le bercement du train finit par avoir raison de moi et je m'endors, heureux de pouvoir vivre un moment pareil. Je me réveille lors d'un arrêt en gare prenant lentement des allures de panne de locomotive. En attendant son remplacement, nous profitons de la petite pause pour dégoter notre petit dej' quotidien: un "café" pour Marie (plutôt une saloperie de Nescafé saturé d'un tiers de lait concentré sucré) et Lipton pour moi, nous avons aussi le temps de jouer avec notre petite voisine de derrière et de fumer un nombre incalculable de clopes (et oui, c'était le bon temps, il me restait encore un peu du stock de bon "Fleur du Pays" offert par mon grand-père à Noël. J'étais encore un fumeur (heureux) à l'époque...). Enfin, la nouvelle loco attelée devant la première pousse deux sifflements rugissants avant que le train ne s'ébranle à l'assaut de la grande plaine malienne. De temps à autre, les arbres courageux affrontant l'aridité du sol, laissent la place à quelques wagons se reposant sur le flanc à côté de la voie ou a un village qui semble prendre vie dès l'arrivée du monstre d'acier, femmes et enfants accourent chargés de nourriture ou d'objets divers pour tenter de les vendre par la fenêtre. Même lorsque le train ne s'arrête pas, les enfants le saluent et les hommes lèvent la tête de leur occupations pour fièrement regarder passer la locomotive peinte aux couleurs du drapeau malien (vert, jaune, rouge).

Mais Bamako nous montre déjà sa banlieue et le train ne tarde pas à entrer en gare pour se vider avant même que nous n'ayons remis nos chaussures.


Gare de Bamako au "petit soir"

*C'est une autre histoire et Marie, quoi que beaucoup moins bien installée que moi, est mieux placée que moi pour en parler... Si elle parvient à sortir un jour de Mauritanie!

dimanche 1 mars 2009

Livre 2: Et D. créa la civilisation... au lieu d'aller s'pieuter!


Finalement notre ermitage au désert a pris fin dans l'Adrar, plus précisément dans la petite ville d'Atar. Après quatre jours dans l'immensité et le silence, avec pour toute compagnie les nomades et leurs troupeaux, quelques scarabées et parfois l'étonnant train minéralier , le retour à la civilisation fut un peu rude!

D'abord retrouvé l'asphalte, paradoxalement, çà donne le mal de "mer". Ensuite, imaginez l'accueil réservé à deux glandus de toubabs à gros sacs, dans une des régions les plus touristiques de la Mauritanie, sinistrée depuis l'assassinat de la famille française il y a deux ans!
Les Marchands du Temple nous attendaient de pied ferme!



Pendant deux jours, il nous fut presque impossible de sortir d'un réseau bien organisé de rabatteurs et autres vendeurs: ainsi ces trois enfants qui nous sautèrent dessus (comme si nos sacs n'étaient pas déjà assez lourds...) pour nous demander: "
Tu veux aller sur internet? Viens je vais te montrer."
Ledit cyber se trouvait à environ 10 mètres de nous, et bien visible malgré notre myopie avancée à tous les deux!

La goutte d'eau qui mit le feu aux poudres fut la voiture qui freina brutalement devant nous et l'homme qui jeta par la fenêtre:
"- C'est bon pour Nouakchott, vos billets sont réservés."
Ma stupeur initiale devant ce nouveau coup de théâtre se transforma rapidement en fureur noire, et je répondis d'un ton franchement peu charitable (doux euphémisme d'après Amaury...):
"- 3000, pas plus!" sachant que le tarif annoncé sur le guide était de 3500 pour les locaux...
Le chauffeur redémarra en trombe, me laissant avec une sensation ambigüe de honte et de satisfaction mélangées.
Satan m'habite!

L'impression d'être sans arrêt pris en charge, et surtout un larfeuille sur pattes, provoque des réactions peu amènes à la longue! D'autant que la vente forcée de petits services inutiles est une vraie industrie: accompagnement à l'hôtel que tu as déjà réservé, ou repéré sur le plan, contre rétribution, prise en charge de ton sac alors même que tu es en train de le mettre sur ton dos ou encore visite "commentée" (aussi riche qu'un article de huit lignes dans ton guide) qui se finit en extorsion de fonds.

Tendre l'autre joue, comme dirait l'autre, à un moment t'en n'as que deux quand même, et en plus on sait comment çà s'termine!

Ce tableau est très noir, et fait écho aux pires témoignages de touristes que vous pourrez trouver sur les forums de voyage, mais il ne correspond qu'à une petite partie de la réalité, bien visible car très agressive. Au final, quantité de gens sont prêts à vous aider, juste pour partager quelques instants, quelques mots ou un bon petit thé!

L'aspect prise en charge totale, complètement infantilisante (t'as l'impression que l'autre pense qu'un toubab c'est un extra terrestre inadapté à 3 mois d'âge mental!) est également à nuancer : s'il s'agit parfois d'un foutage de gueule monumental, çà peut aussi être synonyme d'un profond sens de l'hospitalité poussé à l'extrême ( mais si rappelez vous le dimanche après-midi chez la grande-tante...). Gaffe à l'incompréhension culturelle (ou générationnelle...)!

Aime ton prochain, il te l'rendra. Ah, non c'est pas çà! Aime ton prochain comme toi même...? Non plus... Ah oui, j'y suis aimez vous les uns les autres!

Le plus souvent il faut juste garder son calme et décliner les multiples sollicitations, toujours avec le sourire et ne pas perdre de vue que le tourisme est une source de revenus importante ici, parfois la seule.
Plus facile à dire qu'à faire ! Et ce soir là, justement, on revenait de Chinguetti, plus ou moins arnaqués par nos chauffeurs...



Chinguetti...ou le récit d'une longue journée!

Nos "amis" nous ont d'abord réveillés à 4h00 du mat', pour un départ à 5h30, probablement qu'ils devaient penser au temps qu'Amaury perd le matin pour se raser, se coiffer et se mettre un peu de crème de jour!
Ensuite, après deux heures de piste, et une crevaison (pas d'leur faute, encore que...c'était p't'être des vicelards! Encore un coup de Lucifer?) , arrivée à Chinguetti, dans le froid (le désert au petit matin) et la solitude, pas un chrétien dans la rue à part nous et...


mauvais présages?
Euh... Pardon Mesdemoiselles,
sauriez vous où se trouve le café le plus proche?
et la réincarnation d' Zorro!



A moitié en train de nous demander dans quelle Babylone nous avons atterris, nous marchons pendant au moins... 8 min... pour nous retrouver en dehors de la "ville"! A défaut de choses à voir à l'intérieur ( la question nous hante...), la minuscule cité s'inscrit dans un magnifique paysage de dunes orangées.


Côté pile...


côté face!

Après une pénible ascension d'au moins 3 bons mètres, nous prenons une pause bien méritée au sommet de l'une d'elle, un peu déçus qu'aucun buisson ardent ne vienne y réchauffer cette glaciale matinée. Après un ascétique petit déjeuner récolté au fin fond de nos sacs, un petit groupe d'enfants accourent cartables au dos, scandant "toubab, toubab, toubab" (soit blanc, blanc, blanc, oui, et alors!).
Nous ne sommes donc finalement pas dans une ville fantôme! Tous les espoirs étant permis pour trouver un petit thé, nous redescendons de notre Mont Sinaï, et errons dans les rues. Après une nouvelle et brillante démonstration du téléphone portable arabe, nous sommes alpagués par une jolie mauritanienne du nom d'Aïcha, qui nous propose un thé...


Aïcha, Aïcha...


et une petite visite de la coopérative des femmes, sans obligation aucune bien sûr! Nous la suivons curieux, et d'expérience un peu méfiants...pour atterrir dans la petite boutique de la demoiselle, qui, en fait d'artisanat vend surtout de la lessive et des cacahuètes, commence à nous préparer un thé avec du pain, pendant que ses amies débarquent une à unes, armées de lourds plateaux chargés de colliers, boites, tabatières et autres théières, pour finalement déclarer à vos deux serviteurs enfarinés que le petit déjeuner çà f'ra 1000 um ma p'tite dame ( soit environ 4 fois le prix normal)! Nous hésitons tous les deux entre le rire et la déception! Amaury explique que nous ne sommes pas de "bons" touristes, que nous sommes désolés de leur avoir fait perdre leur temps et que nous allons prendre la poudre d'escampette. Finalement après quelques explications laborieuses habitées de lourds silences, elles nous offrent le thé, Amaury achète du pain à un vendeur ambulant (100 um...), nous le partageons avec elles, ainsi que nos derniers trésors marocains, dattes et cacahouètes caramélisées.
Notre petite réunion prend alors un tour inattendu, Amaury se fait tout petit dans son coin et les filles se lancent dans une discussion extraordinaire: elles parlent de leur âge, entre 19 et 23 ans, de leurs enfants entre 1 et 4, de leurs maris qui ne pensent qu'à (onomatopée intranscriptible et gestes explicites à l'appui), de leurs ventres qui s'arrondissent à peine accouchées, de la polygamie et du divorce (droit dont usent apparemment les mauritaniennes par ailleurs plutôt inféodées juridiquement et socialement aux hommes), des grossesses, trop nombreuses et de toutes ces bouches qu'il faut bien nourrir. Je dis que j'ai 29 ans, pas d'enfant, que nous ne sommes pas mariés et qu'Amaury est plus jeune que moi! Cela provoque un joyeux bordel où se mélange hilarité, connivence et incompréhension, et un flot de paroles sur leurs vies, leurs colères. L'une d'entre elle me touche les cheveux et me dit gravement: " tu sais ici une fille de 25 ou 30 ans c'est comme une vieille femme de 65 ans, trop d'enfants, trop de travail..." Elles me demandent mon pull et mon gilet, je réponds en avoir besoin ("tu en achèteras un autre à Nouakchott!"), mais dis avoir quelques affaires à donner dans mon sac (Aide ton prochain, tu porteras moins!). Guemha me propose du troc, Aïcha me dit de tout lui donner et qu'elle fera la distribution. Je ris en lui demandant si elle est la chef, elle rit à son tour, je ne dois pas être loin de la vérité... Nous prenons rendez vous pour l'après midi, le temps de récupérer les vêtements pour enfants que l'évangéliste Jan m'a laissé avant de repartir au désert.

Nous nous dirigeons vers la vieille ville où sont sensées se trouver les nombreuses bibliothèques privées (familiales) d'anciens manuscrits coraniques de la Septième Ville Sainte de l'Islam. En réalité, si les couleurs sont magnifiques, notamment les murs de la mosquée en pierre du 16ème siècle, derrière les jolies pancartes il n'y a le plus souvent qu'une porte cadenassée, une restauration en cours ou tout simplement des ruines.




Et quand on finit par trouver la seule qui semblait ouverte, les tarifs sont prohibitifs au regard DU manuscrit(je n'ai pas oublié le "s") que deux touristes italiens nous disent avoir pu observer. Nous renonçons à éclairer nos esprits de ces divins écrits et déambulons dans les rues. On y croise Ahmed et son Livre d'Or, signé et décoré par d'innombrables voyageurs de tous horizons. Nous repartons, non sans avoir (fait notre petite offrande) laissé notre petite trace dans son Livre, pour rejoindre nos copines du matin avec un pull, un tee-shirt et des vêtements pour bébé.

En vrac, après une distribution épique qui vire à la foire d'empoigne, le "partage" s'opère, Guemha me donne un jeu de bâtons de bois sculptés par son père, appelé mikado ou sika, une autre femme m'offre deux petits bracelets de perles, Aïcha fait une courte apparition et s'éclipse rapidement, doublement dépitée que nous ne voulions toujours rien acheter , et de ne pas avoir hériter du sac de vêtement comme l'aurait probablement voulu le respect d'une hiérarchie qui semble bien établie. Après nous avoir remerciées, une bonne partie du groupe prend congé, et un étrange salon fumoir débute. Lorsque j'allume une cigarette ici, je provoque le rire ou la réprobation des enfants et la curiosité des adultes, tous m'assurent que les mauritaniennes ne fument pas, du moins officiellement, puisque en réalité elles se cachent ( à noter que les jeunes ne fument pas non plus devant leurs aînés). Or dans les lourds plateaux des femmes de Chinguetti, entre autres objets artisanaux, il y a de petites pipes qui intriguent beaucoup Amaury (devenu collectionneur de tout ce qui sert à fumer au cours de notre périple!). Fines mouches, les demoiselles ont remarqué son intérêt, et tentent une dernière approche commerciale sous la forme déjà éprouvée du "l'essayer, c'est l'adopter!". S'ensuit une initiation burlesque de notre jeune toubab, avec démonstration de nos vendeuses, qui connaissent bien la théorie, mais sont un peu plus partagées sur les travaux pratiques, tout ce petit monde finit par fumer sa pipe de petit-gris, et sur fond de rires et de toussotements nous commençons à parler de notre pélerinage. Après quelques tentatives de cartes tracées dans le sable (Galta connait parfaitement celle de la Mauritanie), et de cours de géo-pratique ("non, le Togo çà n'est pas tout à fait à côté de la France"), Amaury sort le Guide de L'Afrique de l'Ouest. Elles lui demandent de tracer l'itinéraire, puis regardent le cahier de photos, reconnaissent celles de leur pays, nous invitent à lire les légendes des autres, et concluent d'un péremptoire et dégouté : "- Comme des animaux ces gens là!", devant les guerriers Massaï en tenue de cérémonie. Après quelques portrait-souvenirs nous partons à la recherche de nos chauffeurs pour retourner à Atar... on aurait mieux fait de rester au frais sous notre arbre (Siddartha et Saint Louis avaient tout compris!) avec nos copines d'un jour, à confronter nos représentations et tenter l'Illumination au p'tit gris!






Heureusement,
pour se rattrapper,
D. créa la Femme!





En allant sur le site d'un couple d'amis partis vivre au Pérou pour monter un écohôtel, je suis tombée sur cette pensée du jour à méditer :
"Le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux."