Enfin la suite ! Amaury avait bien commencé, mais j’ai mis du temps à suivre, ceux qui connaissent mon génie et ma patience avec l’outil informatique comprendront !
Donc nous sommes finalement parvenus de l’autre côté de la Méditerranée, après avoir maintes fois posées nos valises pour quelques escales amicales et très enrichissantes que nous ne regrettons pas. Je sens que beaucoup vont rire : Tanger va elle-même nous accueillir jusqu’au mois de janvier !
L’association Darna, qui s’occupe des enfants des rues (ils sont légions à venir s’échouer ici aux portes de l’Europe dans l’espoir d’un hypothétique « passage » qui leur coûte parfois la vie…) et des enfants en situation précaire (problèmes familiaux et abus de toutes sortes…), nous a ouvert ses portes. Nous y avons rencontré des gens très motivés, très accueillants et dont l’esprit fourmille d’idées toutes plus intéressantes les unes que les autres !
Tanger elle-même est une ville en effervescence, ville frontière source de toutes les envies, lieu de tous les mélanges. Il suffit souvent de tourner la tête pour apercevoir la mer et surtout la côte espagnole, terre promise, mirage fantasmatique. Si l’on discute avec les jeunes d’ici (ils représentent plus de 60 % de la population marocaine !) qu’ils soient des rues ou de milieux aisés, beaucoup ne rêvent que d’une chose : partir « en face ». Pourtant certains sont au courant des difficultés une fois là-bas et ont entendu parler du durcissement des lois sur l’immigration ; la plupart ont, qui un frère, qui un cousin ayant « réussi » à passer, certains sont revenus manu militari, d’autres ont perdu un être cher, rejeté un matin sur la plage… Mais rien n’y fait. Là-bas les attend forcément une vie meilleure, le monde de tous les possibles…
Je pense que nous provoquons chez nos interlocuteurs des sentiments diverses, l’envie de s’enrichir mutuellement, l’attente de nouvelles solutions ou idées, mais aussi, probablement, l’incompréhension quant à ce qui motive notre départ de ce pays où beaucoup rêvent d’aller ! Bien sûr l’altérité engendre autant de questions que de méfiance : sommes nous venus donner des leçons, sommes nous de jeunes gens riches et désoeuvrés venus se frotter à la misère des autres pour donner un sens à notre vie et s’acheter une bonne conscience ? Tout cela fait partie de mes ressentis, les choses ne sont pas posées aussi clairement et les échanges agissent parfois comme un miroir de nos propres interrogations.
Ici la rencontre de l’autre se fait selon d’autres règles, parfois par d’étranges circonvolutions, le langage est souvent fleuri, poétique, très symbolique en tout cas, je me perds parfois dans le sens et doit réfréner mon impatience, difficile parfois d’avoir une réponse claire et nette, autre lieu, autres mœurs !. Surtout que nous sommes en plein ramadan, la vie est inversée : au ralenti le jour, en ébullition la nuit. A la tranquillité du début de journée succède une montée croissante de la nervosité et de la fatigue, jusqu’à la violence qui éclate souvent en fin de journée, juste avant l’iftâr, la rupture du jeune au coucher du soleil. Alors tout ferme, tout s’arrête pour aller manger, les gens se promènent dans les rues avec la harira ( la soupe) ou les gâteaux du ramadan pour aller dans la famille, avec les amis ; attablés dans les restos chacun attend l’Allah Akhbar (j’suis pas bien sûr que çà s’écrive comme çà !) du muezzin pour tremper sa cuillère, étrange moment de communion. Ensuite il y a une sorte de pause, une sieste digestive avant le grand festin et l’animation qui dure pour certains jusqu’à 4 ou 5 h du mat’ ! Les autres vont se coucher et sont réveillés par la ney (flûte) et le tambour qui parcourent les rues vers 3h avant que le muezzin ne lance son appel pour le dernier repas et la dernière prière avant le lever du soleil. Tous les horaires de la journée sont bouleversés, travail, commerce, musée. Ne surtout pas faire ses courses vers 17h, surtout quand on ne sait pas comment demander au boucher ce que l’on veut, sinon 15 personnes vous passent allègrement devant pour leurs propres courses ! Curieuse sensation de transparence et de solitude au milieu de la foule… Pour les attrape touristes nous sommes par contre plus que visibles, et il est parfois pénible de se voir proposer du « chocolat » tous les 2 mètres ou une visite de la Kasbah par un faux guide qui essaiera de vous soutirer un maximum de fric en passant par diverses étapes : l’attendrissement, la culpabilité quant à sa situation, la colère enfin, avec quelques insultes type le racisme des français ! Si vous avez une impression de vécu, c’est normal ! On y est passé le premier soir de notre arrivée ! En dehors de çà nous travaillons avec des gens très intéressants, je suis pour l’instant lancée sur un atelier peinture avec les enfants et bientôt sur la sculpture en terre. Amaury a débuté avec moi mais a maintenant rejoint Oliver, jeune réalisateur espagnol, pour un projet de film avec les enfants de Darna et un atelier photo. Il vous expliquera tout çà bien mieux que moi !
Vous l’aurez compris cette ville nous a charmé et nous avons plein de projets pour ces trois mois. Nous nous sommes donc installés en colocation dans une jolie maison avec Cédric (jeune français travaillant dans une entreprise d’électricité marocaine), Alexis (jeune franco-espagnol entre année sabbatique et études d’histoire par correspondance) et Oliver (jeune réalisateur espagnol travaillant avec la coopération espagnole et la cinémathèque de Tanger, et cousin d’Alexis), présentation un peu réductrice de nos colocs mais nous ne les connaissons pas encore très bien !
La suite au prochain épisode !
Je rends la connexion.
Vous regardez trop internet !
Bslâma
Marie
PS : Mon numéro tel marocain au cas où 014569582 je crois qu’il faut faire précéder de 0212 et l’adresse de la maison 5 Rue 3 Ben Aliem 90000 Tanger.
1 commentaire:
Et bien l'Activibus dépasse les frontières! je suis super fière et surtout ravie que vous alliez bien! Enormes bises!!!
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