séance de rattrapage n°2
Casablanca, gare CTM, 6h30, "joujkawakahla et un pain au chocolat afak"*.
Silence morne du petit matin sur la salle d’embarquement encore endormie et Al Jazeera sur les deux écrans. Une femme, probablement palestinienne, parle vite et fort en arabe, pas d’images horribles en boucle comme ces deux dernières semaines, juste cette femme dont je ne comprends pas les mots, mais dont je ressens et reçois la colère, la violence. Logorrhée verbale. J’aimerais comprendre ce qu’elle vomit avec tant de force, je ne peux que l’imaginer. Alors je reste assis à cette table, entourée de marocains, et comme eux le regard rivé à l’écran, sourde au sens de cette langue que je ne connais pas, le cœur au bord des lèvres au souvenir des images cauchemardesques des derniers jours, transpercée par la colère de cette femme et de toute une communauté, révoltée par la barbarie aveugle et inhumaine d’une nation qui a pourtant subie le pire, atterrée par les déclarations des dirigeants internationaux et par leurs actes. Une sensation persistante et de plus en plus envahissante de malaise monte en moi. Je me demande ce que les gens autour de moi pensent de nous deux, avec nos gros sacs et nos deux têtes de gaouri. J’ai peur de l’avenir et de la radicalisation des gens qui ne manquera pas d’arrivée devant tant d’injustices réelles ou supposées. Que font Israël et le monde occidental, relayé par une partie du "monde arabo-musulman", sinon pousser un peu plus sûrement une nouvelle génération dans les bras des fondamentalistes ? Combien de vocations kamikazes naissent à la seconde dans ce territoire de l’horreur et ailleurs, sacrifiées sur l’autel d’intérêts les dépassant totalement? Qui orchestre ce scénario catastrophe dont les conséquences seront une fois de plus dramatiques et inexorables ? A qui profite le crime…
Assise sur ma chaise, dans ce café, dans cette ville, je me sens impuissante, insignifiante, et mal à l’aise, presque coupable alors que je n’y suis pour rien. Mes yeux sont secs et mon cœur saigne devant l’inacceptable que certains cautionnent. Je n’ai quasiment plus d’espoir en l’homme, lui qui aurait pourtant les capacités du meilleur, mais ne semble trouver de ressources et rivaliser d’ingéniosité que pour le pire. Tout cela pour le pouvoir et la richesse d’une poignée de crétins azimutés dans le monde ! Quand cesseront nous d’être des moutons au service des intérêts d’un petit nombre d’individus qui n’hésitent pas à jouer la vie et le devenir de milliers d’autres, comme on jette les jetons dans une partie de poker ?
Il est 6h50, le bus va bientôt partir pour Essaouira. Je n’ai pas bu mon café, estomac serré. Les haut-parleurs appellent les voyageurs. J’ai froid. Je bois mon café très vite, me brûle la gorge, quelques "larmes" de douleur. J’attrape mon sac et je me lève en essayant de me faire la plus discrète possible. Je me sens toute petite, j’aimerais être transparente, invisible. J’ai « honte » d’être française et d’appartenir à un peuple si fier de ses « révolutions » et dont plus de 50% a mis sur le trône un imbécile opportuniste à tendance fascisante. J’aimerais me réveiller pour m’apercevoir que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve.
Je me dirige vers le bus, bien réveillée, silencieuse, en me demandant ce qu’il nous est possible de faire en tant qu’individu lambda, ne faisant pas partie de la nomenklatura des bouchers, pour forcer les « grands » de ce monde à écouter et respecter la souveraineté de ceux qui les ont élus, démocratiquement ou non.
A condition, bien sûr, que chacun, et tous ensemble, nous nous réappropriions et utilisions cette souveraineté…(avec mes envolées "colyriques" je mets à rude épreuve mes capacités rédactionnelles surtout pour les conjugaisons, mille excuse pour les puristes !)
« […] Mesdames et Messieurs qui êtes terrorisés par la « montée de l’islamisme », sachez que c’est la lâcheté face à la barbarie qui a toujours été la voie ouverte à sa réplique en miroir. »
Sion Assidon, (industriel juif marocain, signataire d’une pétition pour l’embargo contre Israël comme pour l’Afrique du Sud durant l’apartheid) dans La Gazette du Maroc, janvier 2009.
* Deux cafés noirs et une chocolatine s'il vous plait
Casablanca, gare CTM, 6h30, "joujkawakahla et un pain au chocolat afak"*.
Silence morne du petit matin sur la salle d’embarquement encore endormie et Al Jazeera sur les deux écrans. Une femme, probablement palestinienne, parle vite et fort en arabe, pas d’images horribles en boucle comme ces deux dernières semaines, juste cette femme dont je ne comprends pas les mots, mais dont je ressens et reçois la colère, la violence. Logorrhée verbale. J’aimerais comprendre ce qu’elle vomit avec tant de force, je ne peux que l’imaginer. Alors je reste assis à cette table, entourée de marocains, et comme eux le regard rivé à l’écran, sourde au sens de cette langue que je ne connais pas, le cœur au bord des lèvres au souvenir des images cauchemardesques des derniers jours, transpercée par la colère de cette femme et de toute une communauté, révoltée par la barbarie aveugle et inhumaine d’une nation qui a pourtant subie le pire, atterrée par les déclarations des dirigeants internationaux et par leurs actes. Une sensation persistante et de plus en plus envahissante de malaise monte en moi. Je me demande ce que les gens autour de moi pensent de nous deux, avec nos gros sacs et nos deux têtes de gaouri. J’ai peur de l’avenir et de la radicalisation des gens qui ne manquera pas d’arrivée devant tant d’injustices réelles ou supposées. Que font Israël et le monde occidental, relayé par une partie du "monde arabo-musulman", sinon pousser un peu plus sûrement une nouvelle génération dans les bras des fondamentalistes ? Combien de vocations kamikazes naissent à la seconde dans ce territoire de l’horreur et ailleurs, sacrifiées sur l’autel d’intérêts les dépassant totalement? Qui orchestre ce scénario catastrophe dont les conséquences seront une fois de plus dramatiques et inexorables ? A qui profite le crime…
Assise sur ma chaise, dans ce café, dans cette ville, je me sens impuissante, insignifiante, et mal à l’aise, presque coupable alors que je n’y suis pour rien. Mes yeux sont secs et mon cœur saigne devant l’inacceptable que certains cautionnent. Je n’ai quasiment plus d’espoir en l’homme, lui qui aurait pourtant les capacités du meilleur, mais ne semble trouver de ressources et rivaliser d’ingéniosité que pour le pire. Tout cela pour le pouvoir et la richesse d’une poignée de crétins azimutés dans le monde ! Quand cesseront nous d’être des moutons au service des intérêts d’un petit nombre d’individus qui n’hésitent pas à jouer la vie et le devenir de milliers d’autres, comme on jette les jetons dans une partie de poker ?
Il est 6h50, le bus va bientôt partir pour Essaouira. Je n’ai pas bu mon café, estomac serré. Les haut-parleurs appellent les voyageurs. J’ai froid. Je bois mon café très vite, me brûle la gorge, quelques "larmes" de douleur. J’attrape mon sac et je me lève en essayant de me faire la plus discrète possible. Je me sens toute petite, j’aimerais être transparente, invisible. J’ai « honte » d’être française et d’appartenir à un peuple si fier de ses « révolutions » et dont plus de 50% a mis sur le trône un imbécile opportuniste à tendance fascisante. J’aimerais me réveiller pour m’apercevoir que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve.
Je me dirige vers le bus, bien réveillée, silencieuse, en me demandant ce qu’il nous est possible de faire en tant qu’individu lambda, ne faisant pas partie de la nomenklatura des bouchers, pour forcer les « grands » de ce monde à écouter et respecter la souveraineté de ceux qui les ont élus, démocratiquement ou non.
A condition, bien sûr, que chacun, et tous ensemble, nous nous réappropriions et utilisions cette souveraineté…(avec mes envolées "colyriques" je mets à rude épreuve mes capacités rédactionnelles surtout pour les conjugaisons, mille excuse pour les puristes !)
« […] Mesdames et Messieurs qui êtes terrorisés par la « montée de l’islamisme », sachez que c’est la lâcheté face à la barbarie qui a toujours été la voie ouverte à sa réplique en miroir. »
Sion Assidon, (industriel juif marocain, signataire d’une pétition pour l’embargo contre Israël comme pour l’Afrique du Sud durant l’apartheid) dans La Gazette du Maroc, janvier 2009.
* Deux cafés noirs et une chocolatine s'il vous plait
2 commentaires:
Tu sais que tu parles bien?
Votre récit est passionnant, continuez!!
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