Il y a quelques jours, je ne sais plus très bien quand, Amaury farfouillait dans son portefeuille de Mary Poppins (comprendre "aux profondeurs abyssales et au contenu antédiluvien"...), quand je l'ai vu saisir un petit bout de papier et lire ce qui y était écrit, avant de retomber lourdement assis sur la première chaise venue, le regard perdu dans le vague, un air hagard sur le visage. Avant même de lui poser la question, je savais confusément ce qu'il devait y avoir sur ce petit carré blanc: l'adresse manuscrite de Denis.
Denis...!
Nous avons rencontré ce sacré bonhomme sur le chantier de construction maison-paille de Pierlo, Sandrine, Jules et Marion, dans les Pyrénées. Nous avons rapidement sympathisé avec ce truculent personnage, parlant haut et fort, parfois pour rire, parfois pour pester (grand râleur!), toujours pour faire réagir l'autre, le bousculer un peu et mettre à l'épreuve ses propres "certitudes".
Derrière le rire et le bon vivant, s'est vite révélé un homme en quête, un homme en questionnement, comme beaucoup d'entre nous... encore plus que la plupart. Un homme s'interrogeant sur son avenir, son passé, ses choix, ses actes, ses envies, et avide d'échanger avec l'autre, de se confronter à lui. Un être que l'on a croisé seulement quelques jours, assez pour se donner rendez vous à notre retour pour échanger encore, voire construire quelque chose ensemble, assez pour se reconnaître d'une même "famille". Un être fragile cachant ses nombreux doutes et ses quelques failles derrière une forte voix, pour mieux les dévoiler ensuite au détour de la discussion, mine de rien, comico-tragiquement...
Nous ne reverrons pas Denis à notre retour, parce qu'il a tiré sa révérence.
Nous avons appris la nouvelle fin novembre, en ouvrant la boite mail. Il y avait deux messages, titrant Denis. Une part de nous ne voulait pas les ouvrir, comme si la quasi certaine mauvaise nouvelle qu'ils pouvaient contenir allait ainsi être annihilée! La cérémonie avait lieu le jour même, nous n'avons pas eu le temps alors d'envoyer un message à son frère Xavier, pas la "force" non plus, difficultés à digérer la nouvelle...refus de l'accepter.
Aujourd'hui, quelques mois ont passés, peu de temps pour la tristesse, beaucoup pour la vie qui passe malgré tout, malgré nous, et Denis, son écriture, réapparaît dans notre vie, un peu comme pour dire que maintenant il est peut être temps, possible, de parler de lui si nous en avons envie.
Alors voilà!
Denis, c'est ce petit bout de papier donner à deux êtres croisés quelques jours, pour continuer plus tard la discussion et peut être faire un petit bout de chemin ensemble.
Denis c'est la force et la fragilité, les contradictions et les doutes qui habitent beaucoup d'entre nous, poussés un peu plus à l'extrême.
Denis, pour nous deux, c'est un peu comme une comète ou une étoile filante, vite aperçue, jamais revue, inoubliable!
De toi, nous emmenons dans nos valises ce que tu as voulu partager avec nous: ce désir de connaître l'autre, cette curiosité enthousiaste presqu' enfantine, cet humour décapant parfois grinçant ou provocateur, ce désir d'apprendre et d'échanger.
Et quand, dans l'immensité et la beauté des paysages que nous traversons, lorsque le soleil disparaît à l'horizon et que la nuit s'allume, nous devenons quasi mystiques; nous admirons les étoiles (jamais vu autant, j'te jure! des milliards et des milliards!) et pensons à toi, à cette nuit sous les astres pyrénéens, tous allongés sur le trampoline de Plaa Debat, à se peler les miches et doucement s'humidifier en plein mois d'août... et à réinventer les constellations (de manière plus ou moins scientifique), guidés par la lampe intersidérale de Pierlo!
Bienvenue dans "nos étoiles",
Ciao l'Artiste!
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